L’étanchéité et la qualité de l’air

On a dit, presque dans chaque article, que pour économiser l’énergie, le premier poste, c’était l’isolation. C’est assurément par là qu’il faut commencer. Mais il ne faut pas négliger un aspect dont nous n’avons pas encore parlé jusqu’à présent : les fuites dans l’habitation. Cela concerne aussi bien le neuf que l’existant. Pour le neuf, la RT 2012 impose un test de mesure de fuites global à la fin des travaux qui doit être réalisé par un spécialiste (« infiltrométrie »). Si le test n’est pas bon, l’artisan doit recommencer son travail… Pour l’existant, toujours dans l’esprit de ce blog, l’idée est de résoudre le problème par soi-même pour l’habitat existant et on va montrer ici quelques pistes pour maintenir une bonne qualité de l’air.

Le monoxyde de carbone.

Mais avant toutes choses il faut faire une mise en garde tres importante. Dans tous les cas où on utilise des moyens de chauffage à combustible, il peut être très dangereux d’agir sur les entrées d’air dans les locaux où se situent les moyens de chauffage : chaudière à gaz, plaque de cuisson à gaz, cheminée, poêle à bois, poêle à combustible, etc… C’est potentiellement très dangereux. Il y a des gens qui meurent chaque année à cause de cela. Je donne ici juste un exemple de ce qu’il ne faut surtout pas faire. Nous avons, il y a quelques années acheté une maison chauffée au gaz dont nous nous sommes aperçus, lorsque nous avons décollé les papiers peints de la cuisine, que toutes les entrées d’air dans le local de la chaudière avaient été recouvertes par. Outre le fait que la chaudière ne devait pas fonctionner très bien, il devait probablement y avoir dans la cuisine de cet appartement un taux élevé de monoxyde de carbone. Le monoxyde de carbone se forme lorsque l’atmosphère est trop pauvre en oxygène pour qu’on ait une combustion complète. Cela se produit lorsque les arrivées d’air sont insuffisantes. Le monoxyde rend malade, et il peut tuer si le taux est trop important. Dans une autre maison je m’étais intéressé à identifier le lien qu’il pouvait y avoir entre la formation de monoxyde et la fermeture ou l’ouvertures des ventilations dans le local d’une chaudière à gaz. Avec l’aide du technicien qui faisait la maintenance annuelle et qui était équipé d’un détecteur de CO, on pouvait observer que lorsque je fermais simplement la grille de ventilation avec ma main, presque instantanément, l’alarme se déclenchait sur son appareil. C’est très réactif.

Commentaire. Pourquoi le monoxyde est-il dangereux ? La raison est qu’il cumule deux propriétés très gênantes : il n’est pas capable de libérer de l’énergie comme le fait l’oxygène, il ne sert donc à rien pour faire fonctionner nos cellules, mais surtout, le plus gênant, c’est que les molécules d’hémoglobine qui transportent l’oxygène dans le sang ne savent pas faire la différence entre l’oxygène et le monoxyde. Le monoxyde vole la place de l’oxygène et elles amènent donc du monoxyde aux muscles qui s’arrêtent alors de fonctionner. S’il y en un peu et pas trop longtemps, ça provoque seulement une baisse de forme. Si ça dure trop longtemps, on est mort… Ajoutons à cela qu’il n’a pas d’odeur. Une autre remarque intéressante, c’est que les petits oxymètres qu’on commence à trouver un peu partout et qu’on pince au bout de son doigt ne savent pas non plus faire la différence entre une hémoglobine chargé en oxygène et une hémoglobine chargée en monoxyde. Donc, si on utilise ce procédé pour identifier pour quelle raison une personne fait un malaise, on ne pourra pas savoir si le monoxyde en est responsable, l’appareil donnera toujours un taux satisfaisant d’oxygène.

Donc, quand on a un appareil que brûle du combustible, on n’agit pas sans réfléchir sur les ventilations, même s’il fait très froid. Il faudrait toujours avoir dans le local de la chaudière, surtout s’il communique avec une pièce de vie, un détecteur de monoxyde de carbone. Les occupants ne sont généralement pas conscients qu’ils respirent une atmosphère dégradée : un instituteur qui constate une baisse d’attention inexpliquée des élèves à l’automne lorsqu’on démarre le chauffage dans l’école devrait se préoccuper de la qualité de l’air de sa salle de classe…

Retour à nos problèmes d’étanchéité.

Dans les autres cas où on n’a pas de chaudière dans la pièce on peut alors partir à la chasse aux fuites d’air. Et là, l’enjeu est énorme. Des essais réalisés en labo montrent qu’une simple fente de 1 mm traversante parcourant une surface isolée de 1 mètre carré pouvait créer une circulation d’air qui pouvait diviser par 5 la performance d’isolation de la maison et apporter dans le local près d’1 litre d’eau de condensation par jour… c’est important. On verra ainsi qu’on peut obtenir des résultats spectaculaires avec un simple morceau de ruban adhésif.

Comment trouver les fuites avec des moyens simples ? Le plus efficace est de mettre l’appartement en dépression par rapport à l’extérieur : si vous avec une hotte aspirante qui refoule à l’extérieur, c’est le moment de la mettre en marche à fond. Si vous pouvez agir sur la vitesse du moteur de votre VMC, c’est la même chose. Ensuite à faut s’approcher de tous les endroits suspects sur l’enveloppe extérieure, les conduits, les traversées. Souvent, l’arrivée d’air froid se sent simplement sur le visage, on plus facilement sur les avant-bras qu’on aura légèrement mouillés auparavant, c’est efficace. Il y a aussi les bâtonnet d’encens qui produisent une fumée dont on peu essayer de suivre la trajectoire, ou encore l’ami fumeur qui pour une fois, sera autorisé à allumer une cigarette à l’intérieur de la maison. On essaye tous ces dispositifs et on finit par identifier des ouvertures parasites, souvent autour des fenêtres, des portes, sur les obturateurs de cheminée (noter au passage qu’une cheminée à foyer ouvert doit impérativement être fermée si elle n’est pas utilisée), des conduits de ventilation abandonnés, mais mal fermés, des prises électriques (l’air circule dans les gaines électriques), parfois même un simple trou dans le placoplâtre. La caméra thermique ou le thermomètre infrarouge sont des moyens très efficace, quand on peut en disposer. Si on ne peut pas utiliser la hotte aspirante ou la VMC, on peut essayer de créer un courant d’air, mais ça dépend là des conditions météorologiques. Enfin, la dernière méthode que j’ai utilisée avec succès, c’est d’employer un aspirateur, mais cette méthode est plus complexe, elle demande de réaliser une petite construction étanche en carton (par exemple sur une fenêtre entrebâillée) pour que l’aspirateur puisse extraire l’air afin de mette la maison en dépression de manière efficace.

Souvent, de simples rubans de mousse, un peu d’enduit de rebouchage ou des tissus au bas des portes suffisent à obtenir de très bons résultats. Parfois la fenêtre ou la porte à l’origine de la fuite est voilée ou trop endommagée, il faudrait alors envisager le remplacement, avec les aides associées et les autorisations nécessaires. Il faudra peut être aussi envisager de démonter des prises électrique et de bourrer les gaines avec de la laine de roche. Ou encore d’agir sur des ventilations de fenêtres (si elles ont un dispositif de réglage du débit, il peut être défectueux).

Ce qui est vraiment intéressant ici, c’est d’évaluer ensuite les résultats : le sentiment de confort après avoir effectué la correction, le niveau de puissance sur les émetteurs de chauffage pour arriver à la même température d’ambiance, ou mieux encore, des mesures de consommation. Parfois les résultats sont spectaculaires : des fuites tellement petites qu’on ne se doutait pas de leur existence avaient un effet très important sur la consommation de chauffage, la température de la pièce et le sentiment de confort.

Si vous avez réalisé ce genre d’expérience, avec le même étonnement, alors ce serait intéressant de le faire partager ici.

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