Les limites et les lois de la nature

 

Cet article est publié dans le cadre d’un « carnaval d’articles » qui est organisé par le blog « jardinerfute.com » qui a pour thème « la place que l’on donne à la nature… ». Cela explique qu’il développe une réflexion assez générale qui n’a pas le caractère très pratique que l’on trouve habituellement ici.

Quelques commentaires sur

l’énergie, les limites et les lois de la nature.

 

 

 

Le temps du monde fini commence.

(Paul Valery, 1931)

Le blog maison-econome-et-confortable.fr a un objectif très pratique qui est d’aider ses lecteurs à réduire leurs dépenses d’énergie dans une habitation ancienne mais qui ne veulent pas sacrifier leur confort ou engager des travaux coûteux de rénovation. On veut montrer ici que pour réussir à le faire, il faut connaître deux importantes caractéristiques de la nature qui sont un peu théoriques :

– elle a une capacité à produire et à absorber qui est finie, et nous nous approchons aujourd’hui de cette limite,

– elle obéit à des lois, qu’il s’agisse des êtres vivants ou de toutes les matières qui la composent, qui sont les lois de la physique, desquelles il n’est pas possible de s’affranchir.

Les limites de la Nature.

Elles sont là, juste devant nous, on les connaît généralement, mais on ne sait pas que l’échéance s’est terriblement rapprochée : on a consommé 90 % des ressources biologiques des océans et ce qui reste s’épuise de plus en plus vite. On ne sait presque rien faire sans pétrole et il est maintenant sur le déclin. Les métaux rares, qui servent pour les nouvelles technologies, pour remplacer le pétrole justement, s’épuisent encore plus rapidement. Les meilleures surfaces agricoles sont recouvertes chaque année par du béton, quand elle ne sont pas dévoyées dans la culture des agrocarburants. Or, depuis plus de 100 ans, le métier de paysan c’était de transformer le pétrole en nourriture. Aujourd’hui, on lui demande de faire exactement le contraire.

Les lois de la physique sont dans la Nature.

L’élévation des températures moyennes de l’atmosphère et des océans aura des conséquences inéluctables, même si les mesures les plus énergiques de compensation sont mises en œuvre, ce qui n’est pas le cas actuellement. Et nous aggravons encore notre situation en dépensant beaucoup d’énergie pour produire inutilement de la chaleur ou inversement pour s’en débarrasser parce qu’on est très souvent ignorant des lois de la physique. On voit parfois des réfrigérateurs enfermés dans ces meubles fermés ou bien des climatisations qui sont installées en plein air…

Beaucoup connaissent ces problèmes, mais ce qu’on ignore souvent ce sont les aspects quantitatifs des choses. Les courbes qui décrivent l’évolution des phénomènes naturels sont exponentielles, ce que nous avons beaucoup de difficultés à nous représenter : il y a des phénomènes qui vont de plus en plus vite et qui peuvent conduire à des « effets de basculement ». Tout le monde connaît l’histoire du jeu d’échec et des grains de blé. Sur la dernière case, plusieurs années de production mondiale… Ainsi, on se laisse piéger parce qu’on ne sait gérer que des processus linéaires, c’est à dire des choses qui évoluent proportionnellement, qu’il est facile de se représenter. Mais le « développement durable », le seul qui soit humainement envisageable sur le long terme, nous oblige à apprendre à maîtriser des courbes d’évolution beaucoup plus brutales. Le temps est compté, il faudrait savoir les inverser, ce qu’on ne sait pas faire ou qu’on ne veut pas faire aujourd’hui encore. Ce qu’il sera impossible à faire demain.

Nos deux préoccupations doivent toujours être présentes lorsque nous faisons des choix : les limites et les lois de la Nature. Bien évidemment, il vaut mieux isoler sa maison plutôt que d’acheter une grosse chaudière, qui consommera abondamment une énergie qui viendra un jour à manquer et qu’il faudra entretenir et remplacer. Nous savons que l’énergie la moins chère et la moins polluante c’est celle qu’on n’a pas besoin de consommer. C’est aussi celle qu’on n’a pas besoin de consommer pour fabriquer, justement, les matériaux qu’on utilise pour isoler. Il s’agit-là la très importante « énergie grise », celle qui sert à la fabrication des objets. Même si on peut encore aujourd’hui choisir d’utiliser des produits dérives du pétrole, il faut toujours avoir à l’esprit que ces matériaux, ces procédés devront être remplacés à court terme. Le temps presse, le prix de toutes les énergies augmente, et cela de plus en plus vite. Il est possible que cela provoque des bouleversements qui pourraient remettre en cause des acquis de civilisation qui semblaient établis pour toujours. Déjà aujourd’hui, pensez-vous que l’éclairage public soit un acquis de civilisation ? Ca a commencé…

L’énergie vient de la nature, elle est au centre du problème. Elle nous oblige à nous poser la question de l’existence de ressources qui seraient à la fois totalement non polluantes (que la nature saurait absorber sans dommage), et aussi totalement dépourvues d’empreinte sur le milieu naturel (qu’elle saurait produire sans inconvénients). Il est fréquent, dans les milieux écologistes, de rencontrer un certain fatalisme : beaucoup pensent qu’il n’existe pas de solution pour produire l’énergie sans avoir à payer le prix de la pollution ou de l’emprise sur le milieu naturel. Ce point de vue n’est pas justifié. Il existe aujourd’hui, et depuis longtemps des procédés qui ne polluent ni ne dégradent le milieu naturel : on peut citer la production d’électricité hydraulique au « fil de l’eau », c’est à dire sans barrage, qui a très peu d’impact sur l’environnement et offre même des sous-produits  très utiles. C’est le cas par exemple de la Compagnie Nationale du Rhône qui, en plus de la production d’énergie la moins chère de France, et peut-être du Monde, assure l’irrigation, la protection des riverains, les voies navigables etc… Un véritable joyau, qui fait partie de notre patrimoine économique et écologique au même titre que le château de Versailles. Dommage de l’avoir privatisée… Mais ceci est un autre sujet…

Cependant, l’hydraulique au fil de l’eau ne représentera jamais que quelques % de nos besoins actuels qui peuvent pourtant être stratégiques, parce qu’ils sont extrêmement fiables. Il y a deux autres gisements qui doivent se développer.

La sobriété à confort constant. C’est précisément le sujet du blog. J’ai toujours été étonné qu’on n’applique pas à nos maisons un principe qu’on connaît tous lorsqu’il s’agit de se protéger du froid. Quand il fait froid, on met un pull, quand il fait très froid, on peut en mettre deux, et si d’aventure il fait très très froid et qu’on est obligé de sortir, on peut envisager d’en mettre trois. En d’autre terme, plus c’est épais, plus c’est efficace. Voila un phénomène de type « loi de la physique » bien linéaire, donc facile à comprendre… que personne n’applique sérieusement ! Les empereurs romains qui devaient avoir bien froid l’hiver et qui mobilisaient des armées d’esclaves pour chauffer les thermes publics, la Cour de Versailles qui devaient raser une forêt entière chaque année pour alimenter toutes les cheminées du Château avaient pourtant les meilleurs matériaux à leur disposition. La laine de mouton et le duvet de canard que nous offre la nature, ont des performances (le fameux lambda) comparables aux meilleurs produits industriels d’aujourd’hui, L’Evolution prend son temps, mais elle sait trouver des solutions remarquablement efficaces. De ces produits naturels exceptionnels, ils en faisaient des vêtements mais pourquoi n’en couvraient-ils pas leurs murs ? Voilà un mystère d’ordre culturel que je n’ai pas élucidé. Encore aujourd’hui, peu de gens conçoivent qu’une maison très bien isolée n’a tout simplement pas besoin d’installation de chauffage. Les pertes thermiques de tous les matériels qui s’y trouvent et la chaleur dégagée (naturellement…) par les occupants suffisent à y maintenir une température de confort. Malheureusement cela concerne beaucoup moins que quelques % des constructions nouvelles, qui elles-même concernent 1% du parc immobilier en France. Le blog s’adresse au 99 % autres… Pour toutes les maison, il y a donc un règle générale : offrez lui, un, deux ou trois pull-over, autant que vous pouvez et qu’elle peut en accepter..

le deuxième gisement, ce sont les nouvelles technologies qui seront à la source d’une conception durable de l’industrie. L’électricité est la forme d’énergie la plus aboutie. Elle est facile à transporter, à utiliser et c’est la seule qui sait absolument tout faire, faire fonctionner un ordinateur, un téléphone… et aussi bien sûr se chauffer et faire la cuisine. Toute solution d’avenir ne peut être basée que sur l’électricité. Le problème, c’est que depuis bientôt 200 ans qu’on sait fabriquer de l’électricité en grande quantité on ne sait le faire qu’en faisant circuler de l’eau ou en la faisant bouillir. Le nucléaire n’échappe pas à cela, c’est même ce qui le condamne à terme. Je suis convaincu en revanche de l’avenir du photovoltaïque industriel, qui contrairement à l’hydraulique n’a pratiquement pas de limite : le soleil nous donne à chaque instant 7000 fois l’énergie dont nous avons besoin. Il n’a pas non plus de limites en ce qui concerne l’emprise au sol (les toits, les routes et les déserts, et aussi un partage des surfaces compatible avec l’agriculture et l’élevage…). Sa seule limite est constituée par le fait que la fabrication des panneaux a terriblement besoin de ressources qui sont en cours d’épuisement (pétrole, bien sûr, métaux et terres rares…) et qu’en même temps la durée de vie des panneaux est limitée. C’est donc une priorité très forte pour la recherche de résoudre le problème de la fabrication des PV sobres du point de vue de la consommation des ressources rares et de résoudre celle de leur recyclage, même si l’on doit sacrifier un peu les performances. Si ces deux problèmes sont résolus, avec celui du stockage de l’électricité, qui a besoin des même compétences et des mêmes ressources, alors nous aurons de très bonnes raisons de retrouver de l’optimisme pour la préservation de la nature qu’on laissera aux générations futures.

Si on ne devait retenir que l’essentiel de notre connaissance de la nature, celle qu’on doit préserver à tout prix pour l’avenir, ce serait la connaissance de ses limites, la compréhension des lois de la physique et de la terrible réalité de leurs conséquences. Contrairement aux limites et aux lois des hommes, elles sont incontournables et immuables à notre échelle. Alors, celui qui les connaît et qui les respecte, a en main la première condition d’une vie harmonieuse, agréable et durable. Il est même possible que cela lui permettre de gagner de l’argent… C’est vrai pour un individu, mais ça l’est aussi pour une Civilisation toute entière.

Ph. François Nov 2017

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3 pensées sur “Les limites et les lois de la nature

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