Retour d’expérience maison passive

Retour d’expérience maison passive, un exemple intéressant.

Ce billet est un commentaire sur l’article suivant :

https://goodbye-kwh.com/incroyable-la-maison-passive-a-besoin-de-chauffage/

Le site goobye-kwh est plein d’informations très intéressantes. Et ce dernier article (dont le titre est mal choisi à mon avis) donne des ordres de grandeur sur les énergies consommées par ce type de construction qui est située en Normandie, ce qu’il est important de signaler ici.

Pour résumer : en règle générale, la part de l’énergie consacrée au chauffage est… nulle la plupart du temps. Dans une maison passive, la chaleur est fournie généralement par trois sources de chaleur . Dans l’ordre :

– les apports solaires,

– la chaleur humaine des occupants ( 50 W pour un adulte au repos, davantage s’il est actif)
– la chaleur diffusée par tous les matériels qui sont à l’intérieur. Il suffit de mesurer leur consommation électrique globale et de savoir que toute cette énergie consommée finit toujours en chaleur. Et en hiver, cette chaleur issue des pertes thermiques n’est jamais un déchet.

Dans cette maison, il est seulement nécessaire de faire un appoint de chauffage pendant quelques jours par an. Il s’agit des jours sans soleil et/ou de ceux qui sont exceptionnellement froids.

Ici, on a deux systèmes d’appoint de chauffage.

Le premier est un sèche-serviette basique, qui est très peu utilisé et qui est à la fois peu coûteux, très fiable et très maintenable, c’est à dire que les pannes sont peu fréquentes et qu’elles sont faciles à corriger, quitte à remplacer le système puisqu’il est peu coûteux.

Le deuxième système est une VMC double flux, ce qui est quasiment une norme pour les maisons passives, accompagnée d’un système de réchauffage de l’air thermodynamique (pompe à chaleur). Sur ce dernier système, j’ai un peu plus de réserves. Le système de pompe à chaleur apporte de l’ordre d’un facteur 3 de COP (1 kW d’électricité consommée donne 3 kW de chaleur restituée). Dans la mesure où il est utilisé de manière très occasionnelle, il faut évaluer l’apport de ce facteur par rapport à l’investissement consenti. En outre, une pompe à chaleur est un système complexe, qui a donc forcément une fiabilité qui n’est pas absolue, et qui doit être maintenue pas des spécialistes. Je ne serais pas surpris d’avoir un retour sur investissement assez mauvais pour ce dispositif, voire même de plusieurs dizaines d’années, et donc supérieur à la durée d’amortissement du système, ce qui condamnerait alors totalement ce choix. On peut aussi s’interroger sur la disponibilité et la fiabilité d’une pompe à chaleur utilisée de manière très occasionnelle. En général, ces systèmes complexes fonctionnement mieux lorsqu’ils sont utilisés d’une manière assez régulière.

En fait, les systèmes d’appoint de cette maison pourraient être beaucoup plus classiques puisqu’ils sont très occasionnellement utilisés : poêle à bois ou même convecteurs électriques basiques. Les chiffres bruts seraient un peu moins bons, mais le temps de retour sur investissement serait peut être bien plus court.

C’est tout le problème des systèmes complexes, en particulier des pompes à chaleur. Une partie très importante de la décision d’investissement devrait reposer sur la connaissance des coûts de maintenance et de leur durée d’amortissement . Or ces données ne sont jamais fournies par les commerciaux, ils vivent dans un monde merveilleux où tout fonctionne parfaitement et cela pour toujours

Il est vrai qu’une motivation affirmée par l’auteur est de consommer le moins possible d’électricité, ce qui se conçoit alors davantage d’un point vue « militant » que d’un point de vue strictement comptable.

Ceci dit les chiffres annoncés demeurent impressionnants : l’auteur de l’article annonce 500 euro d’énergie consacrée au chauffage pour une durée de 7 années (soit 70 euro d’électricité en moyenne par an). C’est tout-à-fait remarquable et on est bien au delà des performances classiques de type BBC .

Il faut quand même rappeler que cela est dû, pour l’essentiel à la qualité de l‘isolation , de la conception (faire compact et implanter la maison pour profiter au mieux des apports solaires), des huisseries  et de l’étanchéité de l’enveloppe (avec sa VMC associée). Le secret des maisons passives est tout entier dans ces 4 postes. D’une manière générale, une maison passive n’est possible que si elle est conçue au départ pour cela.

Il reste le cas (peut être rarissime) de la maison rendue passive simplement par des travaux de rénovation. Pourquoi pas ?

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5 pensées sur “Retour d’expérience maison passive

  • 15 janvier 2018 à 10 h 39 min
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    Bonjour à tous,

    C’est Quentin, l’auteur du blog Goodbye-kWh. Je me permets du coup d’apporter quelques précisions.
    D’abords, le titre de mon article : mauvais sur le fond, oui je l’assume. Mais on est sur internet et nous avons que quelques dixièmes de secondes d’attention du l’internaute pour guider son clic ! Le titre doit donc rester “racoleur”. Si les seules personnes qui ouvrent l’article sont celles qui sont convaincues, c’est perdu. Si les sceptiques viennent c’est gagner.

    Revenons au fond des choses, pour moi l’expérience est double, elle était personnelle depuis pas mal d’année : un projet qui comment à émerger dans la tête en 2004, qui se concrétise en 2009 et qui se prolonge depuis que je vis au quotidien dans cette maison passive.
    L’expérience est aussi professionnelle puisque, convaincu par la transition énergétique dans l’habitat, je suis aujourd’hui professionnel dans le secteur. Pour l’immense majorité de mon activité, je travaille sur de la rénovation BBC en tous corps d’état. Mais je suis aussi présent sur le secteur du passif (et concepteur européen certifié passivhaus).

    L’enjeu majeur se situe évidemment sur la qualité de l’enveloppe thermique. Cela a l’avantage d’être relativement simple technologiquement (encore que nombres de sujets comme l’étanchéité à l’air et les points de rosées ne sont pas du tout maîtrisés), sans entretien et durable dans le temps.

    En face, nous avons les systèmes (chauffage, ventilation, eau chaude…). C’est la grande préoccupation du quidam lambda par la faute d’une grande désinformation qui laisse penser qu’on fait des économies d’énergie en améliorant son chauffage. Ce qui est au moins partiellement faux.

    Évidemment, on peut être le grand prédicateur de la performance à tout prix en mettant le meilleur matos dernier cris pour gagner encore les quelques kWh restant.

    Mais force est de constater qu’une fois l’isolation bien réalisée, un bon système de chauffage devient nettement moins nécessaire. Travaillant actuellement pour trois clients sur des maison passives, nous avons systématiquement opté pour un chauffage électrique basique avec des panneaux radians. Oui ce n’est pas ce qu’il y a de mieux, mais quand le puissance nécessaire de chauffe est de 2000 W et que le besoin annuel de chauffage est inférieur à 3000 kWh. Même avec des chauffages de base, on est nettement meilleurs sur l’environnement qu’une RT2012 avec le top en terme de pompe à chaleur ou de chaudière à condensation.

    Enfin, rappelons aussi que le cœur de la transition énergétique dans le bâtiment se trouve dans la rénovation plus que dans le neuf.

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  • 18 janvier 2018 à 3 h 50 min
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    Bonjour,

    Je trouve ce sujet passionnant. JE me demande encore quelle est la meilleure combinaison de systèmes pour garantir les critères de la Maison Passive, tout en assurant un cout global (à la construction, mais aussi en exploitation) qui soit rentable. Sans cela, le concept ne pourras jamais décoller.

    J’aime souvent à rappeler la définition initiale du concept de Maison Passive :
    “Une Maison Passive possède un besoin en chauffage si faible qu’il peut être entièrement véhiculé par le débit d’air hygiénique.” Ce sont les fameux 15 kWh/(m².an).

    Cela veut uniquement dire que le vecteur des calories est l’air soufflé par les bouches. Mais cet air doit parfois être chauffé pour assurer la bonne température.

    cependant ce concept n’est pas obligatoire. On peut très bien installer des radiateurs, plancher chauffant (mauvaise idée ici…) ou un poêle à bois. Sur le dernier projet de Maison Passive sur lequel j’ai travaillé, nous avons étudié le cout de tout les systèmes possibles. Ma conclusion (à ce jour) est qu’un poêle à bois associé à une double flux et un ECS thermodynamique est le plus rentable économiquement sur le long terme.

    Qu’en pensez-vous ? Pensez-vous que d’autres systèmes qui soient plus économiques ?

    Julien

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  • 18 janvier 2018 à 16 h 01 min
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    Merci de vos commentaires. Le sujet est passionnant en effet. Il y a un aspect qui est assez peu traité et qui pour moi est au centre, c’est celui de la fiabilité et de la durabilité des systèmes. Certains vont se laisser convaincre d’acheter des système très complexes, qui demandent d’être maintenus par des spécialistes pour gratter au final une poignée de kW.h. Le bilan énergétique global, en tenant compte de l’énergie grise, revient à reporter chez le fabricant (qui est souvent loin de chez nous et qui roule au charbon) une partie de l’énergie qui, elle, est produite près de chez nous. Il faudrait être capable de dire quel est le bilan global, du point de vue énergétique et aussi comptable, des différentes options : si j’ai besoin de moins de 2000 kW.h / an, vaut-il mieux avoir une PAC ou des radiants ? J’ai passé une bonne part de ma vie professionnelle à étudier la fiabilité de grosses machines industrielles, et c’est vrai que celle qui ne tombe jamais en panne, c’est celle qu’on n’a pas eu besoin d’utiliser… Un autre aspect est la durée de vie des composants. Je suis toujours étonné de l’acharnement des pouvoirs publics à favoriser le photovoltaïque intégré au bâti, comme si on voulait marier intimement des composants qui ont une durée de vie de 20 ans au max avec une toiture qui peut en durer 100. C’est un peu comme si on vous demandait de sceller votre lave-vaisselle dans la maçonnerie de votre cuisine aménagée…
    Pour répondre à la dernière question de Julien : le CESI est probablement aussi une bonne option, mais elle dépend de la région d’implantation. Le CE thermodynamique a l’avantage d’être indifférent, mais je serai intéressé de trouver une étude de fiabilité qui prendrait aussi en compte la dureté de l’eau, tueuse de CE. Quand il y a 2 ou 3000 euro d’investissement, ça compte.

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  • 19 janvier 2018 à 1 h 50 min
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    Bonjour,

    Pour le CESI : la majorité de mes projets sont dans le sud de la France, donc ça marche bien 🙂
    Par contre je suis effectivement curieux de regarder en détail les performances d’un CESI vers Lille ou Strasbourg. Quel’qu’un à des chiffres ?!

    Pour les systèmes complexes : je suis tout à fait d’accord. Je préfère investir dans une enveloppe et une conception optimisée pour réduire mes besoins en énergie. Puis installer des systèmes simples et moins cher. Dans ce cas, l’investissement initial est (pour le moment) plus élevé que dans une construction standard. Mais sur le long terme, c’est :
    -une facture énergétique plus faible
    -moins d’entretien/maintenance
    -moins de pannes
    -moins d’impact de la hausse du prix de l’énergie
    -une plus grande valeur patrimoniale (dans 15 ans, il sera plus facile de revendre une maison Passive ou une RT2012?)

    J’espère avoir convaincu un convaincu 🙂

    Julien

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  • 20 janvier 2018 à 22 h 59 min
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    Merci de vos commentaires.
    Le concept de maison passive correspond à une définition précise qui faut intervenir son bilan thermique, mais je pense que c’est insuffisant : si on met en oeuvre des systèmes thermodynamiques complexes (et actif …) pour arriver au bilan recherché (consommation nulle), on se trompe. Il vaut mieux à mon avis avoir un bilan énergie/carbone “un peu plus mauvais” mais avoir un ensemble extrêmement robuste, ne mettant en oeuvre aucune système actif “énergisé” et maintenable facilement par l’artisan du coin… C’est un peu comme dans l’automobile, on peut utiliser le mot “passif” comme dans “sécurité passive” par rapport à “sécurité active”… La sécurité passive, c’est ce qui marche toujours.

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